Éditorial
Quand la souffrance côtoie l'itinérance

V. Di Candido

L'itinérance, dans notre société, est perçue comme la peste, qu'on souhaite éloigner de nous le plus loin possible. Pas dans ma cour, cette laideur qui fera baisser la valeur du quartier et de nos maisons. Pourtant, ces marginaux que l'on voudrait faire disparaître, c'est la société qui en est responsable, en raison de la désinstitutionnalisation des années 90 qui a amené les hôpitaux à accélérer les congés d'hospitalisation et à permettre la sortie dans la rue de milliers de malades mentaux souffrant de schizophrénie et de divers troubles de comportement. Le gouvernement souhaitait ainsi alléger la tâche des hôpitaux, mais il n'a fait qu'alourdir le système et qu'augmenter les dépenses générales en santé puisque maintenant y transitent régulièrement les itinérants venus se faire soigner, minés par la consommation de diverses substances ou en proie à des crises.

Cette situation navrante incite de nombreux professionnels de la santé à proposer des alternatives plus efficaces, telles que maisons de transition ou encore des programmes de soins à domicile. Un tel projet, déjà en application dans plusieurs provinces canadiennes, semble donner de très bons résultats.

Par ailleurs, il est pertinent de se questionner en profondeur sur les drames qui ont occupé l'actualité récente, où les itinérants Farshad Mohammadi et Mario Hamel ont trouvé la mort. Le premier, armé d'un exacto, avait auparavant causé des blessures à un policier au métro Bonaventure ;  la balle d'un policier a aussi atteint le second, en état de crise, il y a environ un an sur la rue Saint-Denis ; une balle perdue a causé la mort du cycliste Patrick Limoges, dans le même incident.

Pourquoi les policiers ne se servent-ils pas plus souvent du poivre de cayenne ou du Taser en cas de menace violente de la part des interpellés, ou à la limite pourquoi ne tirent-ils pas dans le bas du corps, sachant qu'il ne s'agit pas ici de cas de grand banditisme ?

Une autre requête pressante qui revient périodiquement dans l'opinion publique serait que la police n'enquête plus... sur la police. En effet, les statistiques semblent démonter qu'on met très peu d'empressement ou d'insistance à élucider les potentielles bavures policières. Ainsi moins de dix cas ont été l'objet d'enquêtes ces dernières années, et ce, malgré plusieurs centaines de plaintes.

Ce qu'il faut espérer, c'est que ces drames contribuent à sensibiliser l'opinion publique et les instances dirigeantes et engendrent une volonté claire d'améliorer l'intégration, dans une société que l'on dit civilisée, de cette tranche de marginaux et de laissés-pour-compte. Car l'on ne semble pas pour le moment constater de plan concret. On relira avec profit l'article de Joëlle Girard qui a paru dans notre dernière édition précisément sur ce sujet. Jocelyn-Ann Campbell, responsable du dossier à la Ville de Montréal, y décriait le manque de ressources et de coordination de la part du ministère de la Santé et des Services sociaux.

Il est primordial de souligner les cris de détresse lancés par cinq organismes spécialisés dans l'aide à l'itinérance, soit Le Chaînon, la Rue des Femmes, Chez Doris, la Maison de l'Ancre et l'Auberge Madeleine, qui ont tous un besoin urgent de ressources financières devant l'augmentation du nombre de personnes dans le besoin, estimées à des dizaines de milliers dans la seule région de Montréal.

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Billet
Des enfants délaissés



V. Di Candido

Les plus récentes statistiques sur la vie familiale sont tout simplement effarantes. Ainsi, tandis qu'en France on ne consacre en moyenne qu'une simple heure par jour à sa progéniture, on ne fait guère mieux au Québec puisque c'est à peine le double.

Il semblerait que bien des gens aient désormais comme priorité leur carrière personnelle. La famille semble avoir vu son rôle réduit à celui d'une simple carte de visite qu'il est bon d'afficher pour la Super Woman ou le Super Daddy, eux dont les horaires sont tellement chargés qu'ils sont désormais incapables d'assurer une véritable éducation parentale à leurs enfants. On se contente plutôt, culpabilité oblige, de leur offrir quantité de gadgets inutiles, dans une spirale de consommation technologique effrénée. Twitter, Facebook et autres réseaux sociaux informatiques sont ainsi devenus les nouvelles nounous de notre époque.

Dans cette optique, il n'est pas étonnant de constater que les enfants entre 3 et 12 ans deviennent des proies faciles pour les cyberprédateurs, en l'absence des parents qui ont cru pallier le vide parental en fournissant à leur progéniture un ordinateur, à un âge où les jeux d'apprentissage de la vie devraient pourtant être tout autres.

Cette irresponsabilité, c'est aussi celle des valeurs non transmises et l'avènement d'une société où l'individualisme a pris toute la place. C'est la génération du « chacun pour soi », où rien dans le nouveau mode de vie parental ne doit faire obstacle à l'émancipation des adultes et à leurs intérêts personnels.



ÉCHOS ACTUALITÉS





Crédit : Migledo, Igloofest

L'Igloofest
Feu nordique


J. Girard

Pour une sixième année consécutive, l'Igloofest prend d'assaut les Quais du Vieux-Port, rappelant du coup que l'hiver peut être bien plus qu'un simple passage obligé. Du 12 jusqu'au 28 janvier, chaque jeudi, vendredi et samedi soir verront défiler des DJ de renom, d'ici comme d'ailleurs, faisant de la métropole une destination hivernale vibrante.

Depuis 2007, l'Igloofest, petit frère du célèbre Piknic Electronik, pimente le mois de janvier de milliers de Montréalais, qu'ils soient férus de musique électronique ou non. Avec son concours de « one-piece » fluo, ses petites rasades de vin chaud et ses lignes de basse bien senties, l'événement est sans pareil.

« L'expérience Igloofest, c'est une bizarre de bibitte, concède Nicolas Cournoyer, directeur général et cofondateur du Festival. Monsieur et madame tout le monde ont le goût de venir voir. Le style homogénéisé par les habits de neige, les tuques et les foulards leur permet de découvrir un milieu auquel autrement ils n'oseraient pas se joindre. »

Selon lui, c'est l'ambiance accueillante et festive qui fait en partie le succès de l'évènement dont le public ne cesse de croître. « Lors de la première édition, on a eu 4 000 personnes. Ça ne durait qu'un week-end à l'époque, donc seulement deux soirées. Puis, au fil des éditions, on est passé de deux soirées à neuf, et de 4 000 personnes à 59 000. »

Pourtant, l'équipe garde la tête froide. « C'est difficile de faire des prévisions, il suffirait qu'il pleuve et on aurait moins de gens... Mais on espère connaître une croissance, pouvoir atteindre 65 000 ou 70 000 personnes », a confié Cournoyer.

Dans une telle marée se trouvent inévitablement plusieurs touristes, surpris par l'esprit ludique et bon enfant de l'événement où les citadins les plus urbains sont étrangement reconquis par le plaisir de jouer dehors. « Il y a deux ans, on a fait une étude et on a appris que 23 % des gens étaient de l'extérieur de Montréal », a  confirmé le directeur, ajoutant que des groupes viennent en autobus de Toronto et de New York spécifiquement pour participer au Festival.

Pour arriver à attirer les touristes potentiels, l'équipe de l'Igloofest peut compter sur un élément essentiel : son originalité. « Dans sa structure, sa durée et sa formule festival, je crois que l'Igloofest est unique au monde ou, du moins, je ne connais pas d'autres évènements du genre », a souligné le directeur, qui qualifie ce festival de mélange entre folklore hivernal québécois et environnement urbain. Un mix tout indiqué pour rejoindre une faune touristique jeune et branchée.

Pour l'édition 2012, les organisateurs ont tenu à conserver les classiques du site de l'Igloofest, comme le village d'igloos et le bar de glace, tout en repensant l'espace. Les couloirs de circulation du site ont été élargis, tout comme la piste de danse, et le système de billetterie a été revu et amélioré pour une efficacité accrue aux heures de pointe.

Le tout pour accueillir des DJ très attendus, dont les Montréalais A-Trak et Tiga, en plus de grosses pointures internationales comme Diplo, Sébastien Léger, Tiefschwarz, Buraka Som Sistema, et Marcel Dettman & Ben Klock.

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Chronique du maire
Mille projets novateurs pour 2012

G. Tremblay
Maire de Montréal

C'est avec une énergie débordante que Ville-Marie entame la nouvelle année. Sous le thème de l'innovation, de l'audace et de la qualité de vie, les projets ne manquent pas, qu'ils soient déjà en voie de réalisation ou encore sur les tables à dessin.

La première phase du Quartier des spectacles terminée, nous nous concentrerons sur la seconde phase, destinée à repenser et à revitaliser le Quartier latin. Avec les 45 000 étudiants qui le fréquentent quotidiennement et les 10 millions de visiteurs qu'il attire chaque année, le pôle du Quartier latin est un centre culturel aussi prometteur et vivant que le pôle de la Place des Arts. Très bientôt, tous les Montréalais seront d'ailleurs conviés à s'exprimer sur leurs attentes et leurs aspirations à propos du futur Quartier latin.

En plus de soutenir les projets résidentiels privés et sociaux, nous investirons notre énergie à améliorer la qualité de vie aux abords du métro Frontenac, un secteur qui, grâce à sa multitude de services de proximité, est de plus en plus en demande auprès des familles et des nouveaux résidants. La rue Ontario mérite elle aussi une attention particulière et sera visée par des travaux qui lui feront subir une cure de jouvence. Dans l'ouest, après consultation des citoyens, le square Cabot sera réaménagé et amélioré afin d'en faire un lieu des plus agréables et sécuritaires.

Nous continuerons aussi à promouvoir le développement résidentiel privé et social. Montréal peut s'enorgueillir de son centre-ville, l'un des rares au monde où cohabitent avec succès les milieux résidentiel, commercial et d'affaires. Les nouveaux projets de cette année apporteront encore davantage de diversité.

La nouvelle année s'annonce des plus enthousiasmantes dans Ville-Marie. Je suis convaincu que ces efforts auront un effet positif sur votre quotidien. J'espère que vous serez aussi emballés que moi par ces mille projets !

Bonne année 2012 !

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Chronique santé
Les infections urinaires : pas toujours si urinaires que ça !


Dr Marc Steben
Clinique A

Les symptômes urinaires sont fréquents chez les femmes à tous les âges. L'infection de la vessie est caractérisée par l'envie fréquente d'uriner, la sensation de ne pas avoir vidé complètement sa vessie ou le fait d'uriner souvent la nuit. De la sensibilité dans le bas ventre et du sang dans les urines peuvent aussi être présents. Dans les cas d'infection urinaire plus grave, l'infection remonte aux reins et donnent de la fièvre et des douleurs dans le dos. Une analyse et une culture d'urine confirment le diagnostic et la prise d'antibiotiques permet la guérison.

Lorsque les infections urinaires sont fréquentes, soit 4 fois ou plus par année, il est important de vérifier si l'infection est complètement disparue après la prise des antibiotiques. Même suivant la disparition des symptômes, il se peut que les bactéries soient toujours présentes. Et dans ce cas, il faut faire des tests plus poussés. La vaginite, les dermatoses vulvaires, les ITSS en particulier, la chlamydia, ainsi que la cystite interstitielle peuvent procurer les mêmes symptômes qu'une infection urinaire. Or elles ne se traitent pas de la même manière !

Lorsqu'on ne trouve aucune cause pour l'infection récidivante, la prise d'antiseptiques urinaires, et ce, aux 2 soirs ou lors des jours de relations sexuelles pendant 6 mois, permet de prévenir les infections. Uriner après les relations et bien s'hydrater peuvent aider à prévenir ces infections. Notons que les préparations de canneberges ne seraient pas meilleures que les placebos dans les études scientifiques.

À la clinique A, nous avons un protocole qui permet aux femmes de déposer leurs urines pendant une infection urinaire, de recevoir les antibiotiques sur-le-champ et leurs résultats dans les 24 à 48 heures. Un rendez-vous sera donné dans les semaines suivantes avec un de nos médecins pour faire le suivi.

www.cliniquea.ca

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Crédit : Bbsrock, Wikicommons

Chronique politique
Hitchens : le métier de penser


M. Bock-Côté

Christopher Hitchens (1949-2011) est mort il y a quelques semaines d'un cancer. Polémiste et écrivain exceptionnellement doué, il était une superstar intellectuelle dans le monde anglophone. Je n'en étais pas un admirateur inconditionnel. Mais j'avais pour l'homme une estime indéniable.

Je dis l'homme. Car si on connaissait Hitchens pour ses idées, on le connaissait aussi pour son style, son allure. Noceur de première classe, il avait fait de son personnage une carte de visite mondaine. Ceux qui estimaient ses idées enviaient aussi souvent ses allures d'intellectuel bohème.

Bohème, j'ai dit. Et aventurier. Car Hitchens a non seulement écrit ses idées. Il les a vécues. Journaliste de métier, on l'a retrouvé sur plusieurs fronts où les balles sifflaient. Il y a quelques années, pour mieux parler de la torture, il en a subi l'expérience. Convenons que la chose n'est pas banale.

Hitchens, c'était une pensée et un style. La première au service du second. Ou le second au service de la première ? On ne le saura jamais exactement. Mais nous avions là un vrai intellectuel, et qui voulait que ses idées influent sur le cours des choses.

Il s'est livré dans un ouvrage passionnant, Hitch 22, un livre de Mémoires auquel on se consacre normalement vers la fin de sa vie. Il l'a publié plutôt à la fin de la cinquantaine. Avait-il eu le pressentiment de ses derniers jours ?

De gauche ou de droite, Hitchens ? De gauche. Mais de la gauche des Lumières. Celle qui défend la civilisation libérale, la liberté d'expression et la démocratie sans concession. Il a souvent pris le contrepied de son propre camp, en refusant l'idéologie obligatoire du moment.

C'est ce qui le transformera étrangement en promoteur d'un nouvel athéisme particulièrement radical. À l'entendre, la religion empoisonnait tout. Son procès était exagéré. Aucune civilisation ne peut faire l'économie du sacré. Elle le civilise par la religion qui n'est pas qu'une vaste supercherie.

Mais Hitchens n'avait pas tort de dire que le fondamentalisme religieux compromet les acquis les plus importants de l'Occident moderne. Et s'il ne ménageait aucune religion, il savait toutefois que l'islamisme était le véritable péril de notre temps.

De même, il se faisait le prophète des droits de l'homme. Je ne survalorise pas l'idéalisme politique. La politique et la morale ne sont pas la même chose. Mais une démocratie qui renoncerait à l'idéal de l'émancipation trahirait un de ses ressorts les plus profonds. Hitchens mettait en garde contre un réalisme exagéré risquant toujours de dégénérer dans le cynisme.

Mais au-delà des idées particulières qu'il a embrassées, la vie de Hitchens nous permet surtout de réfléchir à la fonction de l'intellectuel public dans nos sociétés où la parole démocratique est souvent confisquée par l'expertocratie.

L'expertocratie nous dit : la politique ne concerne pas les peuples. Qu'aucune discussion sur le fond n'est permise. Que la société serait trop complexe pour être démocratique. Elle parle un langage incompréhensible pour le commun des mortels. Et tourne en ridicule les idéaux. Même les idées.

L'intellectuel, au sens noble du terme, refuse cette idée selon laquelle la question du sens serait définitivement épuisée. Les fondements de l'ordre social ne sont jamais définitivement assurés. Différentes visions du monde se confrontent. C'est de leur mise en concurrence que s'alimente véritablement l'imaginaire démocratique.

Oui, bien sûr, les intellectuels se sont souvent trompés. Ils se trompent même plus souvent que la moyenne. Mais ils sont néanmoins nécessaires à la réintroduction du sens dans la cité. Ils évitent la congélation administrative et managériale de la démocratie. Ils contribuent à l'élévation du débat public.

La cité doit accueillir positivement les intérêts qui s'y expriment. Sans quoi elle étouffe sous le mythe de son homogénéité. Elle doit s'irriguer des passions qu'elle génère. Sans quoi elle s'assèche sous la pression de la raison instrumentale.

Mais c'est par le travail des idées que les premières -les passions- et les secondes -les idées-s'accordent au service de l'intérêt général. Si les intellectuels font bien leur travail, ils approfondissent le sens de la démocratie. Hitchens a bien fait son travail.

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Crédit : Sébastien Côté

Table éditoriale avec Jean-François Lisée
2012 : l'année de tous les possibles

C. Bergeron

Avec la fin d'une année et le début d'une autre, l'exercice de la prospective succède à celui du bilan. Que nous réserve la politique québécoise en 2012 ? Échos Montréal a eu l'idée d'inviter le journaliste Jean-François Lisée à se joindre à son chroniqueur politique Mathieu Bock-Côté pour une table éditoriale sur les tendances lourdes du moment. Étincelles.

Échos : Caisse de dépôt et de placement, Banque nationale, Canadiens de Montréal. Les symptômes d'une crise linguistique s'accumulent, surtout à Montréal. Pourquoi ?

Jean-François Lisée : C'est la résultante d'une dizaine d'années de démission politique, économique et publique. Des dirigeants canadien-français de grandes institutions se sont fait happer par la mondialisation anglophone et, s'ils avaient auparavant des réflexes de protection du français, ils les ont délaissés au cours des dix dernières années. Chez toute une partie de l'élite montréalaise, c'est donc l'esprit même de la loi 101 qui a été perdu. Certains, habitués à ne pas sortir de leur milieu, s'étonnent que leurs propres employés trouvent anormal le fait d'avoir à travailler en anglais à l'interne. C'est une situation qui s'est aggravée avec la démission politique ambiante, dont le gouvernement de Jean Charest est l'un des grands responsables. Démission publique, enfin, parce que les gens ne réclament plus avec la même force d'être servis en français, ils se sont un peu déresponsabilisés. Ils s'attendent à ce que ce soit l'État seul qui se charge de la protection du français.

Mathieu Bock-Côté : C'est le coût de l'échec de l'indépendance que nous sommes en train de payer. L'héritage politique associé à la Révolution tranquille, avec son modèle de nationalisme linguistique, est en train de se fissurer. Au milieu de ce nouveau cycle politique, d'anciennes pathologies culturelles, comme le complexe d'infériorité relié à la langue, sont en train de resurgir. La droite de Québec en est un bon exemple : elle revendique le bilinguisme et rejette l'idée d'une société québécoise qui ferait du français la norme légitime des rapports sociaux et économiques. À Montréal, les symptômes d'affaissement du référent national se retrouvent chez la gauche multiculturelle. Au nom de la diversité, de la mondialisation, on cherche à affranchir la métropole de l'espace québécois.

Échos : Jean-François Lisée, vous dites qu'il y a déresponsabilisation de la société, que les gens hésitent à faire respecter leurs droits. Mathieu Bock-Côté parle de fin de cycle. Le Québec est-il épuisé culturellement ? Est-il sous le coup d'une « fatigue culturelle » ?

J.-F. Lisée : Il y a peut-être un cycle, mais il n'y a pas d'épuisement culturel. La période de 1977 à 1995 a été l'occasion de gains réels, surtout politiques et économiques. Depuis, nous assistons à un relâchement de l'effort. Mais je ne suis pas fataliste. La situation pourrait très bien se retourner. La résistance de la société civile francophone est très grande. Selon tous les sondages, les Québécois croient que le français est en péril à Montréal et cette préoccupation chez eux est constante, elle ne fléchit pas. Ça montre bien que le corps social québécois refuse la démission, qu'il est en train de se remobiliser. Est-ce que ça va se traduire par une majorité parlementaire lors des prochaines élections ? C'est là qu'est toute la question.

M. Bock-Côté : Je crois que l'épuisement se remarque au fait que le sentiment national est devenu une affaire de classe sociale : celle des baby-boomers. Leur principal véhicule politique, c'est le Parti québécois. Or, le PQ est en voie de déclassement depuis quelques années. Il est en train de subir le sort de l'Union nationale. (NDLR : l'Union nationale, naguère un véhicule politique nationaliste important, a été marginalisé par l'arrivée du Parti québécois). Pour moi, la question est de savoir comment le nationalisme linguistique et identitaire peut survivre au déclassement du souverainisme tel qu'on le connaît. La capacité de porter les préoccupations identitaires au niveau politique me paraît extrêmement réduite dans les circonstances actuelles. Jean-François, permets-moi de te poser la question : est-ce que tu es prêt à envisager la disparition du PQ ? Est-ce que dans ta lecture des choses, c'est quelque chose de possible ?

J.-F. Lisée : Non... Absolument pas. Si des élections avaient lieu aujourd'hui, peut-être. Mais je ne crois pas que le PQ connaîtra le sort du Bloc québécois, par exemple. Daniel Johnson père disait : « Tout Québécois est séparatiste une heure par jour. » Quand Claude Garcia dit que « les souverainistes, il faut non seulement les vaincre, il faut les écraser », les Québécois se rebiffent et ne l'acceptent pas. Jean Charest l'a parfaitement compris : il fait bien attention de montrer du respect pour les souverainistes. Le revers du 2 mai dernier était majeur, mais le coeur du souverainisme est à Québec, pas à Ottawa. Les Québécois ne souhaitent pas que les souverainistes soient écrasés.

Échos : Le souverainisme rappelle aux Québécois leur parcours historique, il recèle une dignité particulière que n'ont pas les autres partis.

M. Bock-Côté : La souveraineté est en tout cas en train de redevenir une simple carte dans notre jeu, qu'on peut utiliser comme un idéal lointain mais qui ne figure plus dans un horizon rapproché.

J.-F. Lisée : De toute façon, la situation n'est pas prévisible en ce moment. Je sais que M. Charest espère ouvrir une fenêtre électorale pour ce printemps, il va travailler très fort pour ça, mais à mon avis il va échouer. Et donc, elles risquent d'être reportées à l'an prochain. L'an prochain, pensez-y, c'est une éternité. Une éternité dans un Canada conservateur, qui agit de plus en plus comme repoussoir, avec Harper, le Jubilé de la Reine, le débat sur l'avortement, la construction de nouvelles prisons. Si vous ajoutez les accommodements raisonnables, les conflits linguistiques, ce sont tous des thèmes sur lesquels le PQ a le monopole et qui pourraient changer la donne d'ici un an.

Échos : Et François Legault ?

M. Bock-Côté : Legault me semble avoir compris un point essentiel, à savoir que le Québec actuel n'est pas à rêver, mais à réparer. C'est un sentiment qui prédomine dans la population. Avec son diagnostic d'une société en délabrement, il porte donc quelque chose de réel, un désir de dépasser pour le meilleur mais surtout pour le pire, je crois, la coalition nationale telle qu'on l'a connue ces dernières décennies. Il est un nationaliste passif, qui accepte la notion de « Québec d'abord », mais qui n'assume pas les combats du Québec identitaire. C'est le parti du Québec inc., pas celui des PME. Il lui manque un enracinement dans le Québec réel, qu'on trouvait par exemple dans l'ADQ de Mario Dumont. La synthèse qu'il opère n'est pas optimale. Mais son souci de s'élever au-dessus des étiquettes et de « réparer » le Québec est en phase avec l'électorat.

J.-F. Lisée : Sur la question identitaire, si elle continue à être saillante, et je crois qu'elle va continuer à l'être, les gens vont tranquillement se rendre compte que François Legault ne fait pas le poids. Parce que ça ne l'intéresse pas. Ce qu'il dit là-dessus, c'est de la décoration.

M. Bock-Côté : Je suis d'accord. Reste à voir s'il peut faire la preuve du contraire.

J.-F. Lisée : Il croit que l'économie est importante, mais il ne croit pas à l'importance de l'identité. Pour lui, l'identité, ça ne fait pas partie des « vraies affaires ». Il y a seulement le Parti québécois et Québec solidaire qui disent le contraire. Si le PQ est habile, il peut reprendre le pôle ; s'il est malhabile, il ne le reprendra pas. Dans ce dernier cas, on se retrouverait avec la CAQ quatre ans au pouvoir ou, pis, avec Jean Charest.

Propos recueillis par Carl Bergeron

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Billet
L'optimiste et le pessimiste


C. Bergeron

L'un est journaliste, l'autre sociologue. Les deux partagent néanmoins le même sentiment régalien du destin du Québec. Jean-François Lisée et Mathieu Bock-Côté ont le patriotisme tranquille et obstiné des hommes qui croient au rôle déterminant du politique dans l'action humaine. Les mettre en débat, c'est ouvrir une fenêtre sur un Québec que trop d'entre nous avons tendance à oublier. Un Québec qui conjuguerait l'intelligence de son intérêt et l'espérance d'un destin.

Ce qui réunit Lisée et Bock-Côté, c'est le sens de l'État. Mais les penseurs des petites nations ne sont-ils pas gaullistes par défaut ? Hantés par la fragilité de leur société, ainsi que par l'urgence de convaincre et de gouverner, tout leur discours ne dit au fond qu'une chose : le pouvoir québécois existe. Il est légitime et porte une responsabilité historique. Il doit être exercé dans les meilleurs intérêts du Québec.

Et pourtant, si les idées rapprochent les deux hommes, le caractère les sépare. Ces souverainistes qui ont par ailleurs tant de choses en commun ont une sensibilité opposée. Lisée est un optimiste, Bock-Côté, un pessimiste. Les deux sont volontaristes mais à leur manière bien personnelle.

Un mot qu'on retrouve peu chez Lisée est celui « d'Occident » ou de « civilisation ». Il est en revanche omniprésent chez Bock-Côté, plus sensible aux phénomènes d'effritement social. D'où une vision du monde peut-être plus sombre, plus crépusculaire. La société québécoise n'échappe pas à son histoire, non plus qu'à sa perte de pouvoir dans l'ensemble canadien. Elle est également soumise aux grands courants occidentaux, qui vont dans le sens d'une désaffection pour la chose publique.

Bock-Côté comme Lisée sont à tout le moins d'accord sur un point capital : en politique, tout peut se retourner. C'est en définitive aux hommes de décider de leur avenir. 2012 sera-t-elle le théâtre d'une riposte civique ? Optimistes ou pessimistes, les acteurs sont prêts !


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ÉCHOS IMMOBILIER




Crédit : Courtoisie

Caserne Letourneux
Un morceau de patrimoine

La Caserne Letourneux, immeuble iconique du patrimoine montréalais datant de 1915 est un exemple unique en métropole.

Pour la concevoir, l'architecte Marius Dufresne s'inspira directement du Unity Temple du grand architecte américain Frank Lloyd Wright. La caserne fait partie des 4 édifices majestueux de l'ancienne ville de Maisonneuve au même titre que le marché, le bain et l'hôtel de ville. L'édifice mesure environ 130 pieds de long et 45 pieds de large. Comme on peut le constater sur place, sa hauteur varie grandement : elle passe de 16 pieds dans les sections des étages à 21 pieds dans les sections rectangulaires les plus grandes au-dessus des grandes salles. La tour culmine, quant à elle, à près de 92 pieds du sol et le sous-sol atteint une profondeur de plus de 9 pieds sous la rue.

Situé au coeur du quartier Hochelaga-Maisonneuve, sur l'axe est-ouest de la rue Notre-Dame avec un accès rapide au centre-ville, accessible, aussi, par le métro Pie IX, cet immeuble rénové au complet et avec grand soin en 2003 par les architectes de renommée internationale Saucier-Perrotte abrite aujourd'hui le centre de production du Théâtre Sans Fil.

L'immeuble comprend 22 303 pieds dont beaucoup d'espaces à bureaux, deux grandes superficies de style loft à usages multiples sans aucune colonne, une grande cuisine, une salle de réunion, une terrasse extérieure côté soleil avec vue sur le fleuve, un énorme sous-sol pour rangement ou autres utilités, un lieu de réception pour marchandises avec un quai de déchargement pour les livraisons et un monte-charge.

Toute l'électricité, la plomberie, le système de chauffage et de climatisation ont été refaits dans les plus strictes règles de l'art.

Le terrain de 31 474 pieds carrés se rend presque jusqu'au fleuve et permettrait un agrandissement de la bâtisse, si nécessaire, et un grand stationnement pour plusieurs voitures et camions.

À un prix de 3 500 000 $, prix sous l'évaluation municipale, voici une occasion unique de s'approprier un peu de l'histoire de notre belle ville.

Pour plus d'informations, contactez Stéphane Lepage : voir publicité en page 12.

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ÉCHOS CULTURE


Crédit : Sébastien Côté

L'hiver à Montréal
Si on sortait ?


G. Degryse

L'hiver ne rime pas toujours avec feu de cheminée et pantoufles. C'est surtout l'occasion de sortir pour se balader, s'amuser, rêver et triper.


Randonnées en raquettes et glissades au Mont-Royal

De retour tous les samedis de l'hiver à compter du 7 janvier, la randonnée reprend ses droits sur la Montagne. Chaussez vos raquettes à la maison Smith et suivez le guide pour une randonnée sur les flancs du Mont-Royal à l'affût des traces d'animaux et des chants d'oiseaux. Et après l'effort, le réconfort : l'activité donne aussi droit à un chocolat chaud et un accès à la glissade sur chambre à air au lac aux Castors le reste de la journée !

Pour les couche-tard, les populaires randonnées guidées en raquettes « À la lueur de la ville » se tiennent du 7 janvier au 10 mars. L'occasion unique d'admirer les lumières de la cité enveloppée dans son manteau de neige. C'est tous les samedis de 18h à 20h15, les raquettes sont fournies !


La Fête des neiges, c'est le fun !

Pendant La Fête des neiges, toute la gang est invitée à jouer dehors et à profiter d'une multitude d'activités dans l'univers féérique du Parc Jean-Drapeau. Plus de 25 activités réparties sur trois fins de semaine de plaisir à l'état brut. Les activités classiques de la Fête sont évidemment de retour : glissoire sur tube, tyrolienne, patinage aux abords du fleuve, hockey-bottines et sur glace.

Parmi les nouveautés qui attendent les visiteurs, la Superglisse se distingue par un départ à une hauteur de près de 15 mètres et deux couloirs de glisse extrême à parcours variés. Les visiteurs peuvent également effectuer une des quatre descentes de près de 80 mètres de la Tyrolienne. Sensations fortes garanties !

Week-ends des 21-22, 28-29 janvier et 4-5 février.

Le Quartier des Spectacles s'illumine

En effet, les installations de luminothérapie Éclats de verre et Forêt Forêt animent respectivement les abords du métro Saint-Laurent et la place Émilie-Gamelin. Ces projets lumineux s'ajoutent aux nouvelles vidéo-projections sur le clocher de l'UQAM, sur la Grande Bibliothèque ou sur la place de la Paix.

Inspiré de la forêt de bouleaux, Forêt Forêt est un lieu de promenade hivernale au cœur de la ville. Dans la magie vivifiante des sens en éveil, le visiteur déambule jusqu'à Éclats de verre : un vitrail géant décomposé en plusieurs panneaux de couleurs. À l'aide de deux cubes montés sur des ressorts, le visiteur peut transformer l'espace qui l'entoure en modulant les images vidéo ainsi que l'éclairage et l'ambiance sonore de la Place. Une expérience ludique et artistique inoubliable, à vivre jusqu'au 26 février...

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Théâtre
Dindon de la farce

M. Tremblay-Bourassa

Sexe, mensonges et autres catastrophes quotidiennes vous attendent au Théâtre du Nouveau Monde (TNM) du 17 janvier au 11 février, avec Le Dindon de Feydeau.

Pontagnac, un coureur de jupons, fait des avances à Lucienne. Ils sont surpris par Vatelin, le mari, mais l'affaire s'arrange. Quand Maggy, une ancienne maîtresse de Vatelin, débarque chez ce dernier, Pontagnac informe Lucienne que son mari le trompe. Mais la femme préfère se jeter dans les bras du jeune Redillon. Finalement, Lucienne et Vatelin reforment leur couple. Pontagnac reste seul avec son désir frustré, véritable dindon de la farce.

Feydeau illustre ici un monde embrouillé, où l'homme ne peut espérer s'en démêler. Normand Chouinard opte pour une mise en scène qui respecte l'esprit brillant et festif de l'œuvre originale. Le TNM en est à sa troisième présentation de la pièce, les autres versions datant de 1960 et 1978.

Avec Le Dindon, Rémy Girard effectue un retour sur scène bien attendu. De solides interprètes l'accompagnent sur les planches : Carl Béchard, Adrien Bletton, Normand Carrière, Jean-Pierre Chartrand, Violette Chauveau, Guillaume Cyr, Alexandre Daneau, Marie-Pier Labrecque, Roger La Rue, Véronique Le Flaguais, Catherine Le Gresley, Danièle Panneton, Sébastien René, Linda Sorgini et Alain Zouvi.

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